C’est une première. Un groupe dans CALQ. Et quel groupe. Une jolie découverte. Je retrouve Romain et Antoine de La Petite Ville. Déconfinés depuis peu, les retrouvailles sont détendues, à base de « Gros », de sourires et de bières fraiches. Ça se chambre aussi. L’absence de coiffeur a fait des ravages, et d’Antoine à Romain : « on dirait Nekfeu ». Puissent-ils rencontrer le même succès.
À l’œuvre depuis 2012, le collectif pose ses textes sur une instrumentation incisive. Des textes parfois engagés, voire enragés, parfois décalés. Aujourd’hui, La Petite Ville, c’est Romain (AKA Romé), Sam (AKA Kain Sama), Antoine (AKA Milaise), les 3 MCs, accompagnés de 7Keks (DJ), III NiNS (Beatmaker), et enfin Thomas (Ingé son & lumières).

 

Rencontre avec ce crew 5 étoiles à l’énergie d’un pulsar 

Tout a commencé au lycée. Ils skataient ensemble et rappaient chacun dans leur coin. En terminale, Sam achète un petit micro, et ils se lancent ensemble, dans la R5 sur le parking de Roche-Arnaud. Ils s’amusent, s’organisent et décident de monter sur scène. Le premier concert a lieu le jour des résultats du Bac. Les débuts sont juste bordéliques, sans DJ, et ils posent leurs textes simplement sur le son présent sur une clef USB. 

Le Bac en poche, Sam et Romain partent pour Clermont, Antoine pour Lyon. Ils gravitent dans l’univers du hip-hop, rencontrent plein de gens, et passent leur première année sous statut d’étudiant à ne pas trop étudier. 

 

Youth must happen 

Romain monte un studio d’enregistrement chez lui, en plaquant des mousses acoustiques dans son placard. Il devait pl

us écouter La Caution que penser à la récupérer. 

Parmi toutes les rencontres faites, ils se rapprochent de Sweno (L’Epicerie De Nuit), et font des collaborations ensemble. À la recherche de scènes, ils s’inscrivent à un évènement porté par Les Inrocks & Sosh (Chut chut pas de marque) pour avoir la chance de chanter sur la scène de la Petite Coopé en 2014. Sans trop y croire, ils sont sélectionnés. Trente minutes de Live, suivi d’interviews. C’est un tremplin qui leur permet d’avoir accès à de nouveaux partenaires. Ils se rapprochent alors de Loïc Pasquier (AKA Alchimiste), ingénieur son pour différents crews. Pour pas cher, Loïc met à leur disposition son studio d’enregistrement à Croix Neyrat. Ils y enregistrent leur première mix tape. Avec un bon accueil de cette production, les scènes s’enchainent, vite, très vite, trop vite. En mettant la barre haut, avec peu de moyens et des études à pas foirer à réussir, ils s’essoufflent et décrochent. 

Nous sommes alors en 2015, et Sam et Romain prennent des chemins différents, créent leurs projets personnels. Ça tourne bien, un temps, et inéluctablement ça ne tourne plus. Sam part à l’étranger, Romain part à Béziers, Antoine se promène. 

Ultimatum 

Depuis la Nouvelle-Zélande, Sam envoie un message pour motiver les troupes. Il faut tomber des sons. Piqués au vif, Antoine et Romain se retrouvent chez Thomas (L’ingé son, si vous avez suivi) et enregistrent des freestyles, qui aboutissent à la création de « Free LPV Type Tape vol.1 », disponible sur Spotify, Deezer et consorts. Les retours sont bons, si bon que Sweno leur propose de venir jouer à la seconde édition du Sismic Festival qu’il organise à La Petite Coopé. Le Sismic Festival, c’est le meilleur du hip hop d’ici et d’ailleurs, dans le cadre des rencontres Trans’Urbaines. Ils acceptent et reprennent la plume pour proposer de nouveaux sons. 

Sueurs froides 

Entre temps, un autre invité du Sismic perce. Il s’agit de Lomepal. Et ce qui devait être La Petite Coopé devient La Grande Coopé. Pour être prêts à temps, Thomas impose un stage de résidence scénique, et fait répéter. 6 ou 7 fois le même concert par jour. Un entrainement militaire, encore et encore. Le Jour J, ils sont prêts, remontés à bloc et mettent le feu devant 1500 personnes. Ils ont travaillé avec des pros, comme des pros, le résultat est pro. Ne me croyez pas, et allez voir sur YouTube : La Petite Ville – Blue Screen [Clip Live] (https://www.youtube.com/watch?v=eeANNN58pXI). L’enregistrement des morceaux de la Coopé donne naissance à l’album « Free LPV Type Tape vol.2 », sorti en 2018. 

L’été qui suit est ponctué de nombreuses dates. Et c’est ce qui plait à La Petite Ville. Un amour du live, la symbiose avec le public. 

En 2019, ils préparent un projet plus construit, avec III NiNS qui est dans l’entourage depuis quelque temps. Ils partent faire une grosse séance studio, enregistrent mais ne sortent rien, « coffrent » leurs nouveaux morceaux, peaufinent, et préparent 2020. 

Coup du sort 

La promo est prête, les dates sont fixées. Confinement. « Free LPV Type Tape vol.3 » est sorti au plus mauvais moment, la performance scénique devra attendre. Ce qui ne décourage pas La Petite Ville qui va profiter de ce temps pour réaliser ses clips. Car du temps, il en faut. Pas tant pour la musique, car techniquement (pour eux) c’est facile. Avec le talent, il suffit d’un bon micro, et de la volonté : « Tu as juste à te lancer ». Les outils sont aujourd’hui de plus en plus simples. Sans manager, ces jeunes artistes doivent porter plusieurs casquettes, pour le volet administratif, et surtout pour communiquer sur les réseaux sociaux. C’est sur les réseaux que tout se joue. Ce qui est terriblement frustrant, car si techniquement il n’a jamais été aussi simple de prendre la parole, il n’a également jamais été aussi compliqué d’être entendu. 

De l’écoute, ils en méritent. Leurs textes sont justes, inspirés par le moment, par l’observation du monde qui les entoure, les choses qui changent et celles qui ne changent jamais. Inspirés par leur éclectisme musical, leur curiosité et par d’autres artistes. Au titre des artistes, La Petite Ville souhaite rendre hommage à Népal, rappeur et beatmaker français (1990-2019), qui les inspire par son talent et ses choix. 

© Photographies : LPV Records, Marie Desbenoit, Kevin Jan Sheepers, Garcia Torcuato, Nicolas Beigbeder.

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