J’ai découvert le travail de Lars un peu par hasard. Ce qui m’a premièrement étonné, c’est le fait que Lars soit suédois. En même temps, il s’appelle Lars. Ni Paul, ni Jacques.
Ensuite, vint l’évidente remarque suivante : Comment arrive-t-on de Suède à Saint-Cirgues, après Langeac, non loin de Lavoûte-Chilhac. Et enfin, pourquoi le design de bijoux ?  Alors j’ai pris mon téléphone.
Deux sonneries, réseau pourri, mais cet « Ällo » sonnait comme la promesse d’un voyage. 

Rembobinons. Lars a 54 ans.

Ce natif de Suède a longuement habité Stockholm et a beaucoup voyagé. Il y a des années, Lars était acteur, faisait du théâtre.

C’est donc le théâtre qui a commencé à le faire voyager, des tournées en Islande, en Roumanie, des tournées dans des festivals, des tournées pour jouer Sartre ou Shakespeare. Et c’est par le théâtre que Lars a souhaité communiquer, en montant son propre Théâtre (Le « Théâtre du Tribunal » à Stockholm). Nous sommes en 1995, Lars déplore alors que la morale et l’éthique soient absentes des débats, et le théâtre s’impose avec sa dimension pacifiquement subversive. 

Après cette carrière d’acteur, Lars a entrepris de devenir développeur. Nous n’en parlerons pas, je connais le sujet, c’est moins intéressant que ce qui va suivre. Nous allons arriver aux bijoux, en passant par la case « Master en Psychologie ».

Cette nouvelle formation a introduit Lars dans le milieu carcéral. Confronté à la violence, Lars a réfléchi à un procédé permettant d’initier le dialogue avec des personnes en situation d’addiction. La création de bijou a été la réponse. La création comme thérapie. Créer un lien pour créer du lien. 

Entre temps, et comme dans toutes les histoires, il y a une femme.

Une femme attachée à cette région pour y avoir vécu par le passé. Et voici donc de nouveaux arrivants à Saint Cirgues, il y a deux ans.

C’était folklorique au début, Lars devant apprendre à parler français. Lars a alors entamé (encore) une nouvelle vie, en créant Haute-Loire Design.

 

Il y crée des bijoux, en cuir, en argent, en acier, en pierre. Il y crée également des vêtements, mais en lin ou en coton organique cette fois-ci. Qu’il s’agisse de ses bijoux ou de ses vêtements, l’inspiration est rock. Installé dans son atelier, sis dans la grange, Lars répond à des commandes bien précises, et expérimente. Il tord, joint, frappe, polit. Il assemble.

S’il commande certaines pierres, d’autres proviennent de ses excursions. Ainsi, ne soyez pas étonné si, au gré d’une promenade le long de l’Allier, vous découvrez Lars, accompagné de son chien, en train de ramasser des pierres joliment polies par l’eau et par le temps.

Et c’est ainsi qu’après la « création thérapeutique » vient le « design par accident ». 

Lars vend ses créations sur son site Internet (disponible en français, en anglais et en suédois), sur des marchés, sur des concentrations de motos. Lui-même est motard, et arpente les routes des Gorges au guidon de son custom, en fredonnant les chansons qu’il compose. Car oui, Lars écrit, et si un collectif souhaite intégrer ce viking aux multiples vies, nul doute qu’il en sera ravi.