Loll Willems

Photographe officiel des Francofolies de La Rochelle, du Printemps de Bourges, ou encore des Nuits de Fourvière, c’est pourtant d’abord avec son projet perso Much Many of Me – MMM – que nous découvrons Loll. Dans une usine, une piscine désaffectée, sur une scène, ou dernièrement au Bois des Seigneurs, les silhouettes se multiplient, encore et encore, révélant milles et une facettes d’un même personnage. La curiosité de la rédaction est assouvie par la décision d’un article dans le prochain numéro. « Ça t’intéresse ? » « Ouaip ! » nous répond-il. Le rendez-vous est pris.
Trois jours plus tard, après deux heures de discussions, j’ai bien l’impression que Loll a vécu mille vies. Entre Paris, Londres et New York, il me raconte des anecdotes plus folles les unes que les autres. Sur scène aux côtés de Robert Plant – le chanteur de Led Zeppelin –, ou assis entre Iggy Pop et Patty Smith pendant un catering interminable… Loll raconte, de rencontres en rencontres, ceux et celles qui ont marqué ses années de photographe. Une vie à deux cent à l’heure, qu’il met aujourd’hui de côté pour se concentrer sur des projets photographiques plus personnels, et accomplir un rêve d’enfant… devenir pilote d’hélicoptère.
La preuve que tout est possible ! 

Bluff, Baccalauréat, et concerts. 

« J’ai commencé pas très loin d’ici, à 400 mètres à vol d’oiseau. Je devais avoir 16 ans, et c’était un job d’étudiant au Progrès. » Un – heureux ? – concours de circonstances, et le job d’étudiant se transforme en job tout court ! Le jour de son arrivée, pour remplacer d’urgence un laborantin malade, on lui demande s’il sait se servir d’un minilab. « J’ai répondu « Bien sûr ! », alors que je n’avais jamais vu cette machine là avant ». Loll court récupérer quelques pellicules perso et tente de les développer seul pour se faire la main. La première : voilée. La deuxième : voilée. La troisième : ça marche ! De fil en aiguille, on lui propose de venir plus souvent, d’accompagner les photographes en reportage, et de signer un CDI. Loll, qui pratique déjà la photo en amateur, est un homme pragmatique : « J’avais le choix entre passer la repêche au bac et signer un CDI. Je me suis dit que j’aurais tout le temps de repasser le Bac plus tard. ». Amoureux de l’image, mais aussi de la musique, il obtient des accréditations pour immortaliser concerts et festivals à Lyon, où il s’est installé. Les collaborations et les shootings se multiplient. Loll me confie alors : « Il n’y a pas eu de plan de carrière. Tout s’est fait… naturellement, humainement… au fil de rencontres que j’ai faites, et qui ont été décisives dans ma vie ». 

Le hasard, le destin, la décision

Une rencontre marquante ? Tout de suite, les yeux de Loll se fixent. C’est Juliette Deschamps, une metteure en scène pleine de talent, qui a marqué sa carrière. En 2008, une des premières années où Loll intervient comme officiel aux Nuits de Fourvière, on lui demande un service. Cette metteure en scène n’a pas de photo de son spectacle, pas de budget, et la première a lieu le lendemain soir. Loll relève le challenge, rencontre Juliette, et accepte de l’aider. Le shooting de la répétition générale est une grande claque, le coup de foudre artistique ! « Pendant que je shootais, je me suis dit que j’avais vraiment une chance de dingue. Je lui ai fait des photos qui ont été reprises dans la presse dès le lendemain. Le spectacle a eu un succès fou. Ma récompense, ça a été de la voir si heureuse et satisfaite de ces photos. » 

Quelques années plus tard, installé à Paris, Loll ne résiste pas à l’envie de recontacter Juliette. Le coup de foudre est toujours là, et les photos qu’il a réalisées pour elle sont encore fraîchement imprégnées dans sa mémoire ! Pas d’hésitation, il lui propose de réaliser un portrait d’elle. Là-dessus s’enchaînent plusieurs collaborations qui les emmènent présenter un opéra au Lincoln Center à New York. « Dans la vie, il faut savoir saisir les opportunités. Si je n’avais pas accepté de rendre ce service, je serais passé à côté d’une rencontre importante, de pleins de projets, et d’une amitié extraordinaire ». 

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Observateur, fabricant d’images, magicien

Quand on parle de son métier de photographe, Loll nous arrête tout de suite. Il n’est pas un artiste. Sans lui, Björk vendra toujours autant de disques, Juliette Deschamps montera toujours autant de pièces à succès. Son rôle ? Être là, au bon endroit, capturer la magie du moment, et fabriquer une image.

Foncièrement amoureux des gens, passionné par l’humain, il n’est pas étonnant que Loll se fasse l’observateur de la vie qui l’entoure : il l’appréhende, la capte, l’immortalise… en pellicule ou en jpeg. 

Bien au-delà des coulisses et des salles de concerts, il étudie le genre humain à travers des projets photo perso. Avec « Much Many of Me », Loll vit sans aucune retenue sa fascination pour l’autre. Un intérêt peut-être obsessionnel, un chouilla maniaque, mais qu’importe… En dupliquant ces « Mille Moi-Même » dans un seul endroit, il construit un nouveau type de portraits. Des portraits multifacettes ! 

Le but : montrer qu’être unique, c’est aussi accepter les « plusieurs » qui nous font un. Les humeurs fluctuent, les expressions varient, les états d’esprit ne sont en rien constants. Et c’est cette différence, ces plusieurs « soi » qui sont chacun mis en avant dans ce projet. Détournant le principe de superposition photographique, le projet « MMM » s’efforce par une accumulation de prises de vues, de multiplier, de cloner. Comme une passerelle vers l’ubiquité, le même sujet, dans une unité de temps fixe, se retrouve malgré tout figé plusieurs fois. Une manière pour Loll de penser encore l’identité, et la recherche de soi. 

Pensés avec les participants, les lieux et les mises en scène sont définis par le message que chacun souhaite donner de sa vision de soi, en tant qu’humain unique. Reflétant ainsi la personnalité de chacun d’eux, qui ne sont pas que de simples modèles, mais bien des acteurs à part entière dans le choix de la scénographie !

Chaque portrait raconte une histoire différente, et là encore, Loll est autant spectateur qu’il est fabricant. L’effort demandé est à la hauteur du résultat. Après plus de 300 heures de travail derrière son écran, détourant encore et encore la même silhouette, la récompense est toujours là : « Mon salaire, c’est l’expression des gens quand ils découvrent leur MMM. C’est l’effet « Wow », et j’adore ça ! ». La complexité ainsi que le temps nécessaire à la réalisation de chaque « MMM », comme à contre-courant dans une époque où l’immédiateté fait loi, augmente sa valeur, sa rareté. Basé sur une technique développée pour ce projet et en constante évolution, chaque « MMM » est, comme les participants du projet, unique ! 

La recherche des autres et de leur identité continue aussi avec « In shower with ». Loll accepte alors l’invitation dans la salle de bain des gens pour les photographier « sans filtre », à la recherche d’un instant de vulnérabilité volontaire et consentie, où le masque tombe. Né d’un shooting photo où rien ne s’est déroulé comme prévu, cette série photographique lui offre une nouvelle manière de révéler les autres : « Si tu veux photographier les gens au plus près de ce qu’ils sont, il faut le faire dans leur intimité, quand ils sont à découvert ». 

Aussi, dans sa série « Voyeur », il aiguise son regard à remarquer ce que d’ordinaire personne ne voit, et capture des instants volés : un regard, un baiser, une attente, un découragement…

 

La démarche de Loll nous invite à lever les yeux et entretenir notre curiosité ! Aller plus haut… ou plutôt aller plus loin, ne pas se contenter de la simple ligne d’horizon !