« L’épiderme sera injecté d’encre noire  encore et encore. »

 

Avenue Foch. Une petite devanture. Pignon sur rue pour le salon « Au-delà du réel », Tattoo Shop. Rendez-vous était pris, je pousse la porte. Sandry Riffard est là, en train de faire de la paperasse sur le billard qui meuble la pièce principale. Eminem en fond sonore. Aux murs, des photographies d’artistes, des mises en scènes. Une vitrine et des étagères sur lesquelles sont entreposés des « éléments de décoration » à la manière d’un cabinet de curiosité et ses outils de travail : ses dermographes.

 

Ouverte sur la pièce principale, on découvre l’arrière salle, l’antre de l’artiste.

Ce salon a ouvert ses portes en 2013, après que Sandry se soit formé en autodidacte à l’art du tatouage. La première fois a été une révélation. C’était chez un pote, avec une machine à deux balles. Addiction au contact de la peau, fascination de l’aiguille qui trace, ce fût un shoot de dopamine, en toute légalité. Depuis, beaucoup d’encre a coulé. Et le style de Sandry s’est affirmé.

Aujourd’hui celui-ci est spécialisé dans l’hyper-réalisme, le macabre. Ses projets sont sur mesure, Sandry ne propose pas de catalogue de flashs. Les idées lui viennent, il les travaille sur Photoshop, conceptualise sa pensée. Et si les premiers pas ont été « alimentaires », avec la réalisation de pièces à la demande du client, sa notoriété acquise et sa marque de fabrique lui permettent désormais de choisir ses clients, ses projets, et d’être véritablement épanoui. 

Ses clients, justement, des locaux mais surtout des gens qui viennent de loin. Peut-être y a-t-il une filière à développer, quand on voit que Sandry accueille des Irlandais, des Américains, des Australiens… Un séjour packagé en somme.

La notoriété de Sandry traverse les frontières. Une notoriété acquise grâce à son talent, Instagram, et assez peu de conventions. Car quand bien même Sandry soit sollicité pour de nombreuses manifestations spécialisées, il ne se déplace que très peu. Cette année, il sera à Venise (www.veneziainternationaltattooconvention.com) et à Bruxelles (www.brusselstattooconvention.be), point.

 

En effet, si Sandry s’éclate à tatouer, il préfère se préserver des travers du milieu du tatouage, où règne une importante compétition, des pratiques discutables de plagiat, et une déformation de la pratique où la performance prend le dessus sur la dimension artistique.

Mieux vaut être seul que mal accompagné donc. Pas si seul néanmoins, et Sandry sait prendre des résidences dans d’autres salons de tatouage, et souhaiterait pour 2018 faire des projets en collaboration avec d’autres tatoueurs. 

Le principe est assez simple : Un tattoo réalisé par deux (voire plus) tatoueurs aux styles distincts mais qui, réunis, donneront naissance à une œuvre cohérente (c’est rassurant). Surtout qu’il faut un peu de volonté pour passer sous l’aiguille de Sandry. Non pas que cela fasse véritablement mal (ça dépend grandement de la zone), mais cela nécessite de l’endurance. Car Sandry passera au minimum cinq heures sur une séance. Un dos complet nécessite six séances, dont la durée peut varier de six à dix heures. L’épiderme sera injecté d’encre noire, encore et encore, afin de donner du relief, de la profondeur. Viendront ensuite les gris, les blancs, les couleurs. La saturation est garante du rendu final, « faut que ça claque » affirme notre artiste. Une statistique : Sur la surface que vous laisserez à la disposition de Sandry, 96% sera encrée. Vous avez dit « dark » ? Peut être cette noirceur est-elle liée à son environnement, alors imaginons son demain, quand Sandry partira. Son avenir, il ne le voit pas sur cette avenue. Sandry aime l’espace, et pas seulement pour ses œuvres monumentales. Et notre artiste se voit assez concilier ses expériences passées et sa passion. Se perdre dans les montagnes, ouvrir une table d’hôtes (il a été cuisinier), conserver un espace « Tattoo » ouvert sur la nature, et simplement profiter du calme…