L’agence

Nous sommes en terrasse du Palais pour rencontrer Amandine Masut et Dimitri Croze, couple dans la vie, et associés dans leur aventure professionnelle. Cet établissement de la Place du Breuil compte d’ailleurs parmi leurs récentes réalisations.
Les plats sont commandés, les verres de vin sont servis, nous sommes prêts à parler d’architecture. À titre d’information, pour pouvoir briller en société, l’architecture compte parmi les Arts Majeurs, en étant le premier d’entre eux. Merci Wikipedia.

 

Amandine est originaire d’Aix-en-Provence, Dimitri du Puy-en-Velay, et c’est à l’École d’Architecture de Marseille qu’ils se rencontrent. Diplômés en 2007, ils font leurs armes dans différentes agences avant de créer la leur, M+C Architecture, installée au Puy-en-Velay, 3 rue Pierre Farigoule.

 

Les débuts sont… des débuts. Comme souvent, il faut s’armer de patience avant de pouvoir vivre pleinement de sa passion.

Ce démarrage « en douceur » s’explique par la philosophie de nos deux architectes, pour lesquels l’héritage a une importance capitale. L’architecte est en effet responsable de la préservation d’un environnement, et Amandine et Dimitri se refusent à travestir cet idéal, ne veulent pas laisser de cicatrice.

La pierre demeure.

 

Nous en venons donc à parler de bâtiments « spectaculaires », de leur intégration, de leur acceptation, de leur appropriation par les usagers. Mais si cette architecture exubérante peut répondre à des attentes très spécifiques, celle-ci n’est pas en phase avec le territoire sur lequel l’agence se positionne, au cœur des Volcans d’Auvergne. Amandine et Dimitri ne s’exportent que très peu, afin de garder le contact, d’être au plus près de leurs projets.

« Garder le contact, être au plus près de leurs projets »

 

Ce qui ne signifie pas qu’ils ne peuvent s’autoriser de fantaisies, mais de manière justifiée, intégrée et non gratuite. À la manière de ce qui est réalisé sur le projet du grand Séminaire, où le travail sur le détail permet une intégration contemporaine au sein d’un bâti historique, où moderne et ancien se conjuguent avec justesse.

 

Une cohérence du dessin, et l’humain au cœur de la réflexion. Car l’usage prime. Le « beau » n’est pas une finalité, et les premiers échanges dans le cadre d’un programme ressemblent plus à une psychanalyse qu’autre chose. Amandine et Dimitri se muent en oreilles attentives afin de comprendre quel usage sera fait de leur création. Les problématiques techniques seront étudiées plus tard, quand la circulation idéale aura été définie. L’Expérience Utilisateur doit être naturelle, évidente, sans heurts. Une architecture intuitive.

 

Les projets

Le Grand Séminaire, Le Puy-en-Velay

Le Diocèse du Puy-en-Velay a retenu M+C Architecture pour la rénovation et la requalification du Grand Séminaire. Vaisseaux de 6000m2 du XVII siècle niché sur les hauteurs du Puy-en-Velay, ce bâtiment multifonctionnel est utilisé en gîtes, lieu de vie permanent, accueil de groupes et lieu de conférence.

Le maître d’ouvrage lance, avec ce projet, une réflexion globale sur la définition de ces lieux hors du temps dont l’évolution est tout autant nécessaire à leur survie que la préservation de leur histoire.

Un premier temps d’analyse démontre que la richesse du lieu tient particulièrement à  l’histoire qu’il porte ; multiple voire incertaine, fruit des évolutions sociétales et politiques qui ont conduit à construire puis démolir et construire encore. Rempart pendant longtemps, séminaire pendant des siècles… Témoin de l’histoire qui s’écrit par couches successives, une histoire qui se construit encore aujourd’hui.

Le séminaire n’est plus mais la vie des bâtiments continue. Cette « maison » reste un lieu d’accueil, elle est ouverte à tous et offre hébergement, lieu de retraite spirituelle, salle de conférence… Le Grand Séminaire doit réussir le pari de rester le témoin de ce paradoxe entre un vaisseau fermé sur lui même et un lieu ouvert à tous. 

 

Gîte et restaurant, Le Patio à Yssingeaux

Au cœur d’un centre historique, une façade modeste sur la place principale comme accroche d’un lieu inattendu. La poésie d’une cour intérieure que l’on découvre après avoir traversé le front bâti. La complexité de volumes imbriqués et une implantation torturée par les artères de la cité contrastent avec la lumière qui s’engouffre dans le cœur d’îlot. Depuis la place, trouver une traversante comme une invitation. Installer une salle de restaurant, lieu de vie, de rencontre comme une bulle de verre posée au milieu d’un jardin. Permettre à la lumière de circuler et donner à voir les couches d’histoire qui transpirent des hauts murs de pierre fermant l’espace. Dans les volumes existants de l’ensemble bâti se nichent des chambres en location saisonnière regardant tantôt la ville, tantôt le jardin. Une rénovation de l’existant respectant ses qualités, s’adaptant à ses complexités et dialoguant avec l’extension déposée dans la cour aux courbes franches et au langage actuel.

Logements intermédiaires sociaux, Les Terrasses de Coloin

Le projet dessine une ligne dans le paysage qui se pose sur les courbes de niveaux du terrain. Intégré à ces dernières, l’ensemble trouve dans le dénivelé deux univers de vie spécifiques offrant des logements en accès bas et d’autres en accès haut. 

L’impératif est que la qualité de vie soit réelle. Ombres et lumières appuient le dessin et subliment le jeu entre béton sablé et bois comme seuls éléments de langages.