Street Art is everywhere

Intimement connecté au monde, au peuple, et à la ville, le graff a longtemps fait peur. “Gribouillage de voyou”, merveilleusement bien parodié par les Inconnus, cet art trop souvent décrié trouve aujourd’hui sa place dans notre quotidien, l’édulcore, l’embellit, le réveille… Nous réveille !

 

Matin d’une journée chaude et ensoleillée, lunettes de soleil sur le nez.  Rendez-vous Place de la Trinité, face au Théâtre Guignol. Malgré ce lieu de rencontre purement Lyonnais, nous ne sommes pas dupes, et je retrouve bien vite dans le discours de ce graffeur-graphiste la passion et l’énergie de l’altiligérien.

Eh oui, enfant de la Haute-Loire, émigré sur les hauteurs Lyonnaises depuis quelques années, Romain C. (plus connu sous le pseudonyme “Le Gilet”) utilise son art pour transformer et modeler le paysage urbain !

 

CALQ : Comment t’es venue ta passion pour cet art ?

Le Gilet : Mon premier contact avec le graff, c’était sur les bancs de l’école, et sur les bords d’autoroute durant les longs trajets de vacances. Puis, petit à petit, ma connaissance s’est aiguisée, au fil de rencontres avec des personnes qui pratiquaient, j’y suis devenu de plus en plus sensible. Je griffonnais déjà beaucoup dans mon coin… des petits crayonnés, des dessins sur des feuilles volantes.

 

CALQ : Quand as-tu commencé à pratiquer le graffiti et le graphisme ?

Le Gilet : Mes croquis sont devenus des peintures. Petit à petit, j’ai commencé à graffer. Lorsque je suis arrivé à Lyon, j’ai rencontré toute une communauté, et je m’y suis intéressé plus sérieusement. C’est au contact de toutes ces personnes, qui évoluaient déjà dans ce milieu, que j’ai découvert une énergie ultra-positive, presque dévorante, qui m’a donné de plus en plus envie de pratiquer… Cette énergie qui te pousse à créer, et à partager ta passion avec toujours plus de personnes.

 

 

CALQ : Tes inspirations ?

Le Gilet : Tout de suite, je pourrais te citer Klimt, Liechtenstein, Vasarely, Fernand Léger, Matisse, ou Picasso, que j’aime beaucoup, et chez qui je trouve beaucoup de petites choses… de détails… qui m’inspirent. Et puis, dans le graffiti, il y a plein d’artistes dont j’aime le travail. Des gens créatifs qui apportent vraiment quelque chose sur le marché. Leur démarche est toute aussi intéressante que d’autres artistes qui travaillent sur des supports plus conventionnels. Mais je suis toujours curieux de regarder ce qu’il se fait à côté : dans l’art, la photo, l’architecture… Tout est une source d’inspiration.

CALQ : Peux-tu nous décrire ton univers ? Ton style ?

Le Gilet : Je pense que mes travaux ont tous un côté très ludique… naïf aussi ! J’aime les formes rondes, douces… moelleuses. J’aime la souplesse. Il n’y a pas beaucoup de lignes droites, ni d’angles abrupts. C’est aussi très coloré ! La base de mon travail reste les typographies. Je trouve que la lettre tend vers de belles formes… Mon travail est en fait un mélange de camouflages, de formes, de coupes, de couleurs. J’assemble ce qui n’est pas censé fonctionner de prime abord, et tente tout de même d’y apporter cohérence et harmonie. Il n’y a finalement pas de limite dans les associations. J’aime réinventer et réinterpréter des formes, des typographies, des associations de couleurs.

 

“Rien n’est jamais figé. Rien n’est interdit”

 

CALQ : Comment est-ce que tu travailles ? Ton processus créatif ?

Le Gilet : Lorsque j’arrive devant un mur, je ne connais pas encore forcément la taille du mur. Je devrais peut-être repenser la composition et l’idée que j’avais en fonction du support que j’ai en face de moi. Mais c’est justement cette spontanéité qui m’intéresse. Les idées arrivent au fur et à mesure de mon travail, comme si elles se construisaient toutes seules. Ce sont des suites logiques et spontanées, il n’y a rien de figé ni de convenu à l’avance.

 

 

CALQ : Tu te considères comme graffeur ou graphiste ?

Le Gilet : Le graffiti et la toile sont deux supports différents, deux manières différentes de travailler, deux expériences. Le graphisme comme je le pratique, c’est avant tout un travail de la lettre. C’est d’ailleurs beaucoup de travail, car il y a énormément de pistes à explorer. Toutes ces formes, ces couleurs, ces mouvements… Il y a une énorme part de liberté dans ce type de création, c’est ce qui est intéressant pour moi. Rien n’est interdit. J’essaie de faire disparaître mes lettres au maximum pour qu’elles se transforment en quelque chose d’abstrait. J’aime autant la casquette de graffeur que celle de graphiste. Elles m’offrent une liberté totale dans l’œuvre en elle-même, et dans son support. Parfois j’aime travailler sur une toile, parfois j’ai besoin et je préfère travailler sur ordinateur. Mais avant tout il faut que ça reste spontané, naturel, et surtout guidé toujours par l’envie. Je suis un peu boulimique lorsque je travaille, je fais les choses à fond.

 

CALQ : Tu pratiques en tant qu’amateur ou professionnel ?

Le Gilet : Aujourd’hui je n’en fais pas mon activité principale. Ce n’est pas cet art qui me fait vivre, et c’est finalement ce qui me permet de le vivre et de m’exprimer pleinement, sans trahir mes envies ou mes intentions. Je n’ai pas à faire de concession, ni de pression financière derrière. Je suis beaucoup plus libre de travailler ainsi, et donc toujours preneur de nouveaux projets. Mes projets dépendent beaucoup de mes envies, de ce que l’on me propose, et des personnes que je rencontre. Je ne travaille jamais très longtemps sur le même sujet, et je ne fais pas de séries trop longues.