C’est une histoire de passion. Une passion qui commence tôt, avec une 103 Vogue « pas bien jolie », customisée avant de connaître une fin prématurée. Casse matérielle, des bobos sans gravité, mais une envie de s’y remettre. S’y remettre vite. À l’époque, Gérald enchaîne les customisations sur ses 50cm3. Une époque où l’ajout était loi. Gérald n’aime pas ce qui est d’origine, alors il s’en donne à cœur joie, quitte à faire péter des cours pour se concentrer sur la peinture. Il y a prescription.

L’âge de raison

Aujourd’hui, Gérald a grandi : 34 ans, marié, deux enfants, une blouse blanche la journée, qui couvre ses bras tatoués. Et en grandissant, les jouets sont eux aussi devenus plus grands.

Ses nouveaux jouets, ce sont des motos, qu’il achète, retape, customise, revend. Chaque moto est une nouvelle feuille blanche, sur laquelle il va essayer ses idées, chaque moto est une nouvelle expérience qui vient enrichir son apprentissage. Car oui, quant bien même ses réalisations parlent pour lui, Gérald se présente très humblement comme un amateur.

Son atelier est son garage, un bordel organisé dans lequel Gérald retrouve les clés accumulées depuis ses débuts, un poste à souder, des disqueuses et autres outils nécessaires à sa « chirurgie plastique métallique ». L’abri de jardin est lui aussi réquisitionné.

Adieu les erreurs du passé, la recherche de la simplicité est son leitmotiv : Réduire l’objet à son essentiel, le débarrasser de tout superflu. Dans cette quête d’épure, son inspiration provient des réseaux sociaux, Instagram en tête. À la suite de quoi les idées germent, se développent, s’organisent. Des idées qui le conduisent à désosser totalement, à nettoyer, à polir, à scier des cadres. En fonction des projets, Gérald s’occupe lui même de la peinture ou fait confiance à des partenaires. Même si l’idée de pouvoir toujours faire plus est bien présente, comme s’atteler à la sellerie.

Et c’est bien ça qui anime Gérald, un perfectionnisme qui peut le conduire à toujours remettre en question ce qu’il fait, pendant tout le temps que dure le projet, jusqu’à ce qu’il puisse lire la joie sur le visage du nouvel heureux propriétaire.

À peine le projet finalisé, le suivant est déjà présent. Une nouvelle base, de nouvelles idées. Gérald n’a jamais travaillé deux fois sur un même modèle, mais a toujours été guidé par les lignes des Cafe Racer. Guidons bracelets, instrumentation réduite à l’essentiel, commandes reculées, le confort laisse place à un design plus sportif. La pureté des lignes captive le regard. Le travail des matières est une invitation au contact, avant de pouvoir le mettre et de ressentir la caresse du vent sur une machine unique.

Travailler sur des « vieilles » lui permet de s’affranchir des contraintes des machines actuelles, bardées d’électronique et d’assistances en tout genre.

Moins de contraintes donc, pour pouvoir se fixer d’ambitieux objectifs, comme réaliser une ligne d’échappement complète en petits tronçons soudés. Alors que celle-ci s’avère être une véritable gageure techniquement, l’approche artistique est la plus forte. Les mots du peintre classique Nicolas Poussin résonnent : « Ce qui vaut la peine d’être fait vaut la peine d’être bien fait ».

Dans la continuité, Gérald aimerait varier les plaisirs et réaliser un Bobber, une approche de la moto totalement en phase avec ses talents, un peu moins avec le revêtement de la chaussée ou les vertèbres fragiles.

Peut-être sera-ce son projet, pour lui. En effet, si aujourd’hui il met ses précieux talents au profit de tiers, il réfléchit en parallèle à ce que sera sa monture.

Une monture à deux roues, en attendant de pouvoir s’essayer aux voitures, toujours avec la même approche. Retaper une Muscle Car -Dodge Challenger, Chevrolet Camaro ou consœurs-, et pouvoir cruiser avec ses filles, ses véritables fiertés.