« Elle s’est dit qu’elle pouvait le faire, alors elle l’a fait »

Elle aime se perdre sur des sentiers de campagne à la recherche de paysages inspirants et voir courir les lumières le long des murs de son appartement. Elle rêverait de pouvoir se téléporter d’un bout à l’autre du globe avec son appareil photo, et de dîner avec ses plus grandes idoles : Simone Weil, Sarah Moon, et David Bowie… C’est Amandine Riou, jeune talent de la photographie à la réussite aussi rapide que fulgurante, qui sera exposée pour la première fois en décembre au Puy-en-Velay à la bibliothèque. Elle nous a accueillie dans son cocon, un coquet appartement au cœur du Puy-en- Velay. Sur l’ancienne cheminée de marbre sont exposés de vieux appareils photo encore en état de marche. Autour d’un thé et d’une boîte de macarons, Amandine nous parle de son art, de sa passion…

 

CALQ : Qu’est-ce que c’est pour toi « la photographie » ?
Amandine Riou : Pour moi, c’est d’abord un moyen de communication pour exprimer sa sensibilité. La photographie c’est une manière d’écrire avec la lumière, de la façonner, de l’apprivoiser. Je suis fascinée par la lumière, je peux l’observer pendant des heures durant, la voir bouger, évoluer, muer…. D’ailleurs je connais celles de mon appartement par cœur ! C’est ici-même que j’ai réalisé un bon nombre de séries.

CALQ : Comment l’as-tu découverte ?
Amandine Riou : C’était pendant mes études. J’étais assistante réalisatrice sur des tournages, et je faisais des reportage photo sur des projets. J’ai été remarquée par le service communication des Aéroports de Lyon, qui m’a félicité sur mon travail… Ça a été un déclic et j’ai décidé de prendre une année sabbatique pour me lancer jour et nuit dans la photo. J’ai fait pas mal d’argentique en noir et blanc pendant mes études, je trouve ça fascinant de pouvoir maîtriser toute la chaîne de création d’une photo, du clic aux derniers masquage sous l’agrandisseur… Aujourd’hui j’aime travailler tout autant le polaroïd par exemple, que le numérique.

CALQ : Quelles sont tes influences ? Les photographes qui t’inspirent ? Avec qui voudrais-tu travailler si tu en avais l’opportunité ?
Amandine Riou : En photographie, la première à m’avoir vraiment inspirée c’est Sarah Moon. C’est la découverte de ses travaux qui m’a poussé vers la photo. Elle travaille avec beaucoup de mystère, de flou, de suggestion, plein de délicatesse… C’est très féminin aussi. Si je pouvais travailler avec quelqu’un je choisirais sans hésiter Sarah Moon.
J’aime aussi beaucoup la photographie conceptuelle de Maia Flore. J’aime son travail sur les couleurs et ses styles complétement décalés.
Lorsque je travaillais au Musée Nièpce de Chalon sur Saone, de 2013 à 2015, j’ai eu la chance de collaborer avec de nombreux artistes tels qu’Elina Brothérus, Olivier Culman, Henri Dauman, François Burgun, Claude Iverné, Isabel Muños… Travailler avec eux a été d’une richesse absolue, partager sans cesse entre passionnés sur les anciennes et nouvelles techniques.
J’ai d’ailleurs comme projet de visiter Isabel Muñoz dans son atelier à Madrid. C’est une photographe qui travaille en argentique noir et blanc… Avec son expérience sur cette technique et mes compétences sur les logiciels, on a plein de chose à partager.

CALQ : Quel est le lieu que tu rêverais de visiter ?
Amandine Riou : Le Japon pendant la période des cerisiers en fleurs… Ou alors les grands paysages d’Islande ou de Nouvelles Zélande ! Ils ont ce côté mystérieux de la terre noire, des ciels chargés, cet étrange atmosphère qui règne et que j’aime beaucoup.

CALQ : Tu réalises beaucoup de portraits. Qu’est-ce qui t’inspire chez les gens ?
Amandine Riou : J’aime les portraits, prendre les gens en photo. Je photographie d’abord pour m’amuser, pour tester de nouvelles choses. Mais surtout j’aime mettre les gens en valeur, les enrober d’une certaine douceur. C’est un exercice compliqué. Il faut entrer dans l’intimité des gens, ne pas déranger, ni mettre mal à l’aise. J’ai fait beaucoup d’autoportraits à mes débuts, ce qui m’a permis de prendre confiance en moi et de vaincre ma timidité. J’avais aussi besoin de ressentir ce que la personne photographiée pouvait ressentir, me mettre à leur place pour mieux les mettre à l’aise ensuite. Aujourd’hui je procède comme si je les connaissais depuis toujours, pour faire tomber la barrière. Je tourne autour d’eux, j’essaie de m’effacer, je recherche la spontanéité, je ne fais pas poser mes modèles. Finalement, Le plus important c’est qu’ils passent un moment ensemble, qu’ils soient heureux.

Je fais beaucoup de mariages par exemple. J’accompagne ces couples dans cette aventure, pour la journée la plus importante de leur vie… et j’imortalise ces instants pour qu’ils restent gravés à jamais, pour que ces souvenirs ne ressemblent qu’à eux. J’aime faire de chaque fête un instant unique, dont on se souviendra le sourire aux lèvres…

CALQ : Comment mets-tu en scène tes photographies ?
Amandine Riou : Je travaille spontanément. La création studio ce n’est pas mon truc. Selon ce que je vois, ce que je ressens, et ce que j’ai sous la main, je construis mes photos en bricolant parfois, mais tout part d’une idée qui me trotte dans la tête. Je m’inspire du moment. Quand je vois quelque chose qui me plait… un rayon de lumière par exemple, je m’adapte pour le mettre en situation dans ma photo. Je travaille seulement avec la lumière naturelle. Cela demande beaucoup de patience. Il faut attendre le bon moment, être patient, et aussi réactif pour capturer ces moments brefs, c’est parfois l’histoire d’un petit quart d’heure !

CALQ : Est-ce que tu as un sujet de prédilection ?
Amandine Riou : J’aime la féminité, j’aime bien mettre mes amies en valeur, cela a même une dimension un peu thérapeutique parfois. J’aime leur montrer une image différente de celle qu’elles ont d’elle-même, leur faire prendre conscience de leur beauté. Découvrir leur réaction lorsqu’elles voient les clichés pour la première fois, c’est vraiment émouvant. Ce sont de beaux moments d’intimité.

CALQ : Si tu devais décrire ton travail en un mot ?
Amandine Riou : En un mot… je dirais “La douceur”…

CALQ : Comme pour chaque numéro, c’est toi, l’artiste invité, qui a réalisé notre première de couverture. Parles-nous un peu de cette photo !
Amandine Riou : Je pense que cette photo représente bien mon univers. J’ai imaginé une photo tout en féminité, tout en douceur… avec une pointe d’impertinence aussi.
Nous avons brodé notre culotte à la main, et y avons rajouté de la dentelle du Puy : un hommage à ce savoir-faire emblématique, que nous nous sommes réappropriés !

CALQ : Tu as été exposée pour la première fois au Puy-en-Velay à la bibliothèque. Tu as des projets pour la suite ?
Amandine Riou : Partir à Madrid pour rejoindre Isabel Muños, et faire encore plus de photos ! Prendre des photos me fait un bien fou, c’est ma drogue. Je ne sais pas si j’exercerais toute ma vie au Puy, mais je sais que je serais toute ma vie photographe !