Alain est conteur. Québécois, arrivé en France à 30 ans, nous nous sommes rencontrés à La Main O Fut, à l’occasion d’une soirée « Les Mardis qui content ».

Autour d’une bière, il me raconte son arrivée en France, et les problèmes administratifs qui l’ont accompagnée : « Ce que je voulais c’était travailler dans l’éducation. Au Québec, je peux enseigner au primaire, ce qu’on appelle en France être instituteur. Et je me suis rendu compte que je ne pouvais pas travailler. Mon père est un français qui a immigré au Canada, et ma naissance n’avait pas été enregistrée au Consulat de France ». Dans une France qu’il pensait être celle décrite dans les livres et les films de Marcel Pagnol, Alain a dû trouver une solution : courir les routes, découvrir la France, et travailler tant bien que mal, au dépit de la lenteur des administrations. J’ai fait les saisons, j’ai travaillé dans une station de ski, j’ai vendu des bouquins, j’ai travaillé avec des forains, j’ai travaillé sur des chantiers de fouilles… J’ai passé un an et demi comme ça, à aller d’un endroit à un autre.

Et un jour, un jour… Les choses se sont faites. Alain a obtenu son certificat de nationalité, et quelques jours plus tard, sa convocation pour le Service National. Après les classes, il a été affecté dans un Centre de délinquants mineurs et jeunes majeurs, en tant qu’éducateur, et s’est retrouvé à conduire ses jeunes tantôt chez le médecin, tantôt à la bibliothèque du Puy en Velay… C’est l’armée qui lui a permis de valider en France son permis de conduire obtenu au Québec. Je ris en entendant cette histoire : « A l’armée, je leur ai expliqué que mon permis ne pouvait pas être reconnu en France, que j’avais déjà essayé. Alors le colonel m’a fait une lettre, et je suis parti avec l’adjudant de gendarmerie. Quand on est ressortis de la préfecture du Puy en Velay, j’avais mon permis de conduire temporaire. Une semaine après je recevais mon permis de conduire définitif. » Efficace !

« C’est peut-être le premier contact que j’ai eu avec la Haute-Loire, et avec le Puy. C’était en 1996. Et je me souviens que l’on venait chercher des livres et des bandes dessinées pour les jeunes à la bibliothèque du Puy », me précise-t-il.

Les livres… C’est quelque chose qui l’a suivi toute sa vie. Pendant ses études à Trois-Rivières, Alain était aussi libraire. Pour promouvoir la lecture de la BD, il monte à l’époque un spectacle, qu’il reprendra plus tard partout en France. Passionné par la culture traditionnelle de la Mauricie, sa région natale, Alain se souvient des cours dispensés par l’ethnographe Clément Legaré, durant ses études à Trois-Rivières… « . À l’époque, j’avais des amis qui étaient clowns, qui allaient faire des spectacles, et je m’étais mis à raconter des histoires moi aussi ».

Aujourd’hui, Alain continue de partager ces contes lors de ses spectacles et à la radio. Des contes qui résonnent désormais Outre-Atlantique.